Voici le contenu du document déposé par Stéphane Kipré au Conseil de discipline du PPA-CI





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Le courrier adressé aux membres du conseil de discipline du PPA-CI



Entendu le 15 avril par le Conseil de discipline du PPA-CI à la suite de sa candidature aux élections législatives, l’ex-premier vice-président du parti de Laurent Gbagbo avait déposé un mémo de cinq pages dans lequel il se justifie.

Nous avons pu nous procurer ce document en exclusivité. Voici l’intégralité de son courrier.

Objet : Engagement et justification suite à ma candidature à l’élection législative de Décembre 2025

 Aux Camarades Membres du Conseil de Discipline,

Par le présent mémo, je souhaite, tout en réaffirmant mon engagement envers le PPA-CI, vous apporter des justifications et précisions utiles relativement à ma candidature à l’élection législative passée, en dépit de la décision du Comité central du parti du 06 novembre 2025 appelant à la non-participation du PPA-CI à ladite élection.

Ma démarche n’a aucunement pour objectif d’entretenir une polémique, ni de m’opposer à l’autorité du Parti. Elle vise à rétablir le sens de mon engagement, à dissiper toute ambiguïté sur mes intentions et à contribuer à une sortie apaisée et constructive de cette situation.

1. CONTEXTE & ENGAGEMENT

Il me paraît utile de rappeler certains faits qui, à mon sens, méritent d’être soulignés. En effet, je me suis toujours investi pleinement dans la promotion et la défense des idéaux du parti. Depuis sa création jusqu’à ce jour, je me sens profondément et pleinement PPA-CI. Mon attachement au Parti est resté intact, car il ne relève ni de la circonstance, ni de l’opportunité, ni d’un simple positionnement personnel. Il s’inscrit dans un engagement constant, ancien et éprouvé. La preuve en est qu’à l’appel du président Laurent Gbagbo, mes camarades et moi avons dissous notre ancien parti, l’Union des Nouvelles Générations, afin de participer à la création du PPA-CI, dont je suis membre fondateur.

C’est la raison pour laquelle, dès sa création et dans le cadre de l’exercice des fonctions qui étaient les miennes, j’ai toujours mis mon énergie, mon temps et parfois ma sécurité personnelle au service de son implantation, de son rayonnement et de la défense de ses idéaux. Mon engagement n’a jamais été théorique. Il s’est constamment traduit par des missions de terrain, des sacrifices personnels, ainsi qu’une implication constante dans la vie et les combats du Parti.

À titre d’illustration, lors d’une tournée effectuée au nom du parti dans la région du Worodougou en février 2023, ma délégation et moi avons été pris à partie et avons risqué notre vie pour le Parti. Je rappelle ces faits non pas pour laisser croire que je suis le seul à m’investir, mais pour démontrer que mon engagement pour le PPA-CI n’a jamais failli, quelles que soient les circonstances.

C’est d’ailleurs fort de mon engagement politique et des actions d’envergure menées au profit des populations du Haut-Sassandra qu’en avril 2023, après un processus interne, le Parti m’a désigné comme son candidat aux élections régionales de septembre 2023. Alors que nous y étions préparés pour parachever plusieurs années de proximité auprès de nos populations et que nous avions de véritables chances de gagner cette élection régionale, contre toute attente, j’ai été sommé de me retirer de la course au profit de la candidature du président sortant issu du PDCI-RDA, le professeur Djédjé Mady Alphonse. En dépit de mon incompréhension de cette décision, j’ai obtempéré et je me suis engagé dans la campagne, la portant de bout en bout malgré la procédure judiciaire engagée contre moi, qui s’est soldée par une mise sous contrôle judiciaire avec mes avoirs gelés à nouveau.

Nos populations, nos militants, désarçonnés par cette décision de retrait de ma candidature au profit de celle du candidat du PDCI-RDA, n’ont pas suivi, et notre liste a été largement battue lors de cette élection régionale.

C’est dans ces conditions que nous avons commencé à préparer l’élection présidentielle d’octobre 2025 ; séquence présidentielle qui s’est soldée par des revendications non abouties, le rejet de la candidature du président Laurent Gbagbo, le boycott de l’élection présidentielle avec pour conséquences une direction amputée de plusieurs de ses membres, des militants désorientés, abattus, traqués, arrêtés, emprisonnés, ayant pour beaucoup le sentiment d’avoir été abandonnés par le parti. Nous n’avons pas réussi à inverser le rapport de force politique.

2. DE MA DÉCISION D’ÊTRE CANDIDAT À L’ÉLECTION LÉGISLATIVE DE DÉCEMBRE 2025

Je rappelle, à toutes fins utiles, qu’avant la tenue du Comité central du 06 novembre 2025, une réunion du CSP avait été convoquée par le président Laurent Gbagbo, portant sur la participation ou non du PPA-CI à cette élection législative. À l’issue de cette réunion, le CSP, à la quasi-unanimité de ses membres, avait décidé de la participation du PPA-CI à l’élection législative de décembre 2025. Dans un tel contexte, le revirement survenu lors du Comité central, quelques jours plus tard, fut une surprise pour moi.

Il n’en demeure pas moins que, personnellement, selon ma conviction profonde, cette décision surprenante de non-participation du PPA-CI à l’élection législative n’était ni la meilleure, ni la bonne.

Cette conviction s’appuie sur la déclaration du président Laurent Gbagbo, président du Parti, qui, lors d’un échange avec la jeunesse au Palais de la Culture en avril 2023, affirmait ceci :

« Nous avons pris une décision. Nous avons dit que plus jamais nous ne manquerons les élections parce que le fait d’avoir décidé, après mon arrestation, que nous n’allions pas aux élections nous a causé beaucoup de dommages. Donc on ne peut plus manquer les élections. Donc nous dénonçons les fraudes, nous dénonçons les carences, mais nous continuons à aller aux élections parce que, de deux maux, il faut choisir le moindre. Aller aux élections même avec les fraudes est mieux que ne pas aller aux élections à cause des fraudes pour un parti politique. »

Cette position du président Laurent Gbagbo, qui jouit d’une expérience politique considérable, a donc fondé ma conviction qu’il nous fallait absolument participer à cette élection afin de ne pas céder nos derniers bastions au parti au pouvoir. J’avais la ferme conviction qu’à Gboguhé-Zaïbo, en dépit des éventuels obstacles démocratiques, nous pouvions gagner. Et nous avons gagné.

D’ailleurs, la non-participation du PPA-CI à cette élection a eu pour conséquence la perte de l’ensemble de nos bastions au profit des candidats du parti au pouvoir, au point où même dans le village du président de notre parti, l’élu censé représenter les populations à l’hémicycle siège au sein du groupe parlementaire du parti au pouvoir. C’est une symbolique dommageable.

Ma décision de participer à cette élection législative a donc été motivée par le désir de représenter nos populations, qui commençaient à nourrir le sentiment, depuis plusieurs années et après les régionales, qu’en fin de compte je me dérobais chaque fois qu’elles avaient besoin de moi à l’occasion des batailles électorales.

Mon intention n’était donc pas de contredire le Comité central, mais de répondre à un devoir démocratique envers nos militants et nos populations. Je comprends et reconnais pleinement la légitimité de la décision collective. Ma démarche n’avait pas pour but de la contester, mais de chercher un équilibre entre l’intérêt de nos militants, de nos populations et la ligne stratégique du Parti.

Ma participation à l’élection ne relevait donc pas d’une simple stratégie personnelle. Elle ne doit nullement être interprétée ni comme un acte de rupture, ni comme une manœuvre opportuniste, encore moins comme une aventure individuelle destinée à servir une ambition personnelle contre le Parti. Elle procédait d’abord d’une alerte politique sérieuse face à des dysfonctionnements persistants et à une inquiétude profonde sur notre trajectoire stratégique.

Dans mon analyse, l’accumulation de décisions mal comprises par les militants, l’affaiblissement de notre rapport de force, la désorientation de notre base électorale après la séquence régionale et présidentielle, puis le choix du boycott de l’élection législative, faisaient courir au Parti un risque réel d’effacement politique et d’abandon de nos bastions.

Ma candidature était donc, dans mon esprit, un signal d’alerte politique, pas un défi personnel. Elle visait à réaffirmer une conviction nourrie par une déclaration antérieure du président Laurent Gbagbo sur la nécessité de ne plus manquer les élections.

Cela étant dit, je reconnais aujourd’hui que, même lorsqu’une alerte est sincère, elle ne doit pas prendre une forme susceptible d’être interprétée comme une contestation de la discipline collective. C’est pourquoi je veux être clair : il ne s’agissait pas d’une stratégie personnelle contre le Parti, mais peut-être d’une alerte mal portée, dans un contexte de fortes tensions politiques et organisationnelles. C’est d’ailleurs ayant compris cela que j’ai d’abord assumé mon éviction de la direction du parti et que j’ai publiquement demandé pardon au président Laurent Gbagbo.

Toutefois, je souhaite préciser une chose importante : ma présence à cette convocation du Conseil de discipline ne doit nullement être perçue comme une manœuvre ayant pour objectif d’être à nouveau nommé au sein de la Direction, d’une structure ou institution du Parti. Sur ce point, je veux être clair. Cela ne me gêne nullement de demeurer un militant de base du Parti, qui agit à son humble niveau au rayonnement et au renforcement de l’unité du Parti.

Et à ce titre, je reste pleinement disposé à contribuer à tout mécanisme de conciliation que le Parti jugera nécessaire.

CONCLUSION

En définitive, je réaffirme mon attachement au PPA-CI.

Je reconnais que ma démarche a créé une difficulté politique et disciplinaire. J’en assume la responsabilité. Mais je demande respectueusement au Conseil de considérer le fond de mon engagement, la sincérité de ma conviction, les excuses déjà exprimées, ainsi que ma volonté claire de réintégrer pleinement la dynamique collective du Parti. Je souhaite que cet épisode débouche sur un approfondissement de notre unité, de notre discipline, de notre maturité politique et de notre capacité collective à préparer l’avenir.

Respectueusement.

 

 

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