Édito
L'ASEC Mimosas n'a pas perdu de temps. Dès son premier rendez-vous officiel de la saison, le club jaune et noir a ajouté une nouvelle ligne à son impressionnant palmarès en remportant la SuperCoupe Félix HOUPHOUET-BOIGNY.
Un premier match, un premier titre. Une manière idéale de lancer une saison que les Mimosas espèrent riche en succès. Au-delà du trophée, c'est surtout le contenu qui rassure. Les recrues ont affiché de belles dispositions, laissant entrevoir une intégration rapide et la promesse d’un effectif plus compétitif. Les automatismes restent à peaufiner, certes, mais les premiers signaux sont encourageants. Pour un club dont l'ambition ne se limite jamais au plan national, c'est un motif de satisfaction. Seulement voilà, ce qui devait être le point de départ de la nouvelle saison de Ligue 1, s'est finalement transformé en faux départ. La Fédération Ivoirienne de Football a décidé de reporter le lancement du championnat, initialement prévu le 28 août, expliquant que cette décision répondait à une demande formulée par la majorité des clubs. L'argument peut s'entendre. Mais il soulève une question essentielle sans véritable réponse. Qu'en est-il des clubs ivoiriens engagés sur le continent ? Pendant que le championnat reste à l'arrêt pour reprendre les 25 et 26 septembre, les représentants ivoiriens, eux, n'ont pas le luxe d'attendre. Les Tours préliminaires des compétitions africaines approchent à grands pas. L'ASEC Mimosas, par exemple, en Ligue des Champions, affrontera au match aller, l’Association Sportive des Chauffeurs de la Kozah (Togo) entre le 4 et le 6 septembre, pour le retour prévu du 11 au 13 du même mois. En cas de qualification, les échéances s'enchaîneront dès le mois d’octobre. Les rencontres aller se tiendront entre le 16 et le 18 octobre, et les retours la semaine d’après, entre le 23 et le 25. Dans un tel contexte, difficile de ne pas parler de handicap. Quel entraîneur au monde ne préférerait pas aborder une double confrontation continentale avec deux ou trois rencontres de championnat domestique dans les jambes, plutôt qu'avec pour seul match officiel, une SuperCoupe? La question mérite d’être posée car le rythme de la compétition ne s'acquiert ni à l'entraînement ni lors des matches amicaux. Il se construit dans l’enchaînement des rencontres officielles. Dans la pression du résultat, dans les exigences physiques et tactiques d’une compétition régulière. Le paradoxe est là. Au moment où le football ivoirien ambitionne de retrouver une place de premier plan sur l'échiquier africain, ses meilleurs ambassadeurs sont privés de la meilleure préparation possible. À vouloir satisfaire la majorité, on pourrait, sans le vouloir, fragiliser ceux qui portent les couleurs du pays sur la scène continentale. L’ASEC, fidèle à son statut de club bâtisseur et habitué aux exigences du haut niveau, a déjà répondu présent. Ce premier trophée témoigne d’une préparation sérieuse et d’un recrutement qui semble porter ses premiers fruits. Mais aussi bien organisé soit-il, un club ne peut pas tout compenser. Il lui est difficile de rattraper, à lui seul, les effets d’un calendrier national qui ne favorise pas suffisamment la compétitivité de ses représentants africains.
Les Mimosas ont donc rempli leur part du contrat. Il appartient désormais aux instances de créer les conditions permettant aux représentants ivoiriens d'aborder les compétitions africaines avec toutes les armes nécessaires. Car, au bout du compte, ce n'est pas seulement l'ASEC Mimosas qui joue. C'est le football ivoirien tout entier qui est attendu et jugé sur la scène continentale.
Clément DIAKITÉ