À Tiassalé, Assalé Tiémoko promet désormais presque tout à la fois. Des logements sociaux avec des trois pièces à 50 000 FCFA par mois, des deux pièces à 35 000 FCFA et des studios à 20 000 FCFA, neuf nouvelles écoles primaires, le transport gratuit les week-ends et jours fériés et un centre commercial de 400 millions de FCFA. À première vue, le programme triennal 2027-2029 adopté par le Conseil municipal ressemble à une petite révolution sociale. Mais derrière la puissance de l’annonce apparaît une question beaucoup moins confortable pour le maire. Tiassalé possède-t-elle réellement les moyens de cette politique ou assiste-t-on à une démonstration de communication municipale où les promesses courent plus vite que les capacités financières ?
Administrer une commune n’est pas organiser une conférence de presse permanente. Gouverner localement, c’est arbitrer, financer, exécuter et rendre compte. Or la communication municipale livre une abondance de chiffres séduisants sans fournir plusieurs données essentielles permettant d’en apprécier la faisabilité. Le cas des logements est emblématique. Quatre cents millions de FCFA sont annoncés pour 2027 et 2028, mais combien de logements seront effectivement construits ? Quelle superficie ? Quel coût unitaire ? Sur quels terrains ? Avec quel coût d’aménagement ? Qui financera l’entretien ? Selon quels critères les bénéficiaires seront-ils sélectionnés ? Avant même que ces réponses soient largement exposées, le citoyen connaît déjà le chiffre politiquement le plus vendeur, trois pièces à 50 000 FCFA.
Voilà une curieuse manière de présenter une politique immobilière. Normalement, l’économie du projet permet de déterminer le niveau soutenable du loyer. Ici, la communication donne l’impression que le loyer est arrivé avant la démonstration économique. Peut-être existe-t-il derrière cette annonce une excellente étude financière. Dans ce cas, pourquoi ne pas la rendre publique et fermer immédiatement le débat ? Une municipalité qui revendique la transparence devrait pouvoir montrer comment 400 millions de FCFA permettront de constituer un parc immobilier durablement loué à 20 000, 35 000 et 50 000 FCFA.
Le chiffre qui interpelle davantage concerne le transport. Vingt millions de FCFA par an pour au moins 156 000 bénéficiaires représentent environ 128 FCFA par bénéficiaire. Comment assure-t-on concrètement un déplacement gratuit avec cette moyenne ? Qui absorbe la différence avec le coût réel du transport ? Les transporteurs, la commune ou un partenaire ? Existe-t-il une convention ? Combien de lignes seront concernées ? Un aller-retour compte-t-il pour un ou deux déplacements ? Avant de célébrer les 156 000 bénéficiaires, il faudrait expliquer l’équation permettant de les transporter.
C’est précisément ici que le programme peut donner une impression de gestion à vue, ou à tout le moins d’une communication insuffisamment documentée. Des objectifs extrêmement précis sont annoncés au public tandis que les mécanismes permettant de les atteindre restent beaucoup moins visibles. Une collectivité rigoureusement administrée ne devrait pas craindre les calculatrices. Elle devrait au contraire mettre les chiffres à la disposition des citoyens.
Les neuf nouvelles écoles soulèvent la même interrogation. Neuf écoles est une formule politiquement forte, mais combien de salles de classe ? Quel coût total ? Quels équipements ? Quels terrains ? Quels délais ? Et après leur construction, quelles dispositions permettront de garantir leur fonctionnement ? Une école n’est pas seulement un bâtiment que l’on inaugure. C’est un service public qu’il faut faire vivre durablement.
Puis arrive le futur Centre commercial de Tiassalé et ses 400 millions de FCFA. Encore un chiffre massif. Mais quel modèle économique accompagne cette enveloppe ? Combien de commerces ? Quels loyers ? Quelles recettes annuelles attendues pour la commune ? Quel coût de maintenance ? Quel mode de gestion ? Quel délai d’amortissement ? Si ce centre commercial constitue un investissement économiquement solide, les projections financières devraient pouvoir être présentées aux habitants.
Additionnons ce qui est déjà annoncé. Quatre cents millions pour le logement, quatre cents millions pour le centre commercial et vingt millions par an pour la mobilité. Plus de 800 millions de FCFA apparaissent déjà, auxquels il faut ajouter le coût des neuf écoles et les autres investissements du programme triennal. La vraie question n’est donc plus de savoir si les projets sont généreux. Elle est de savoir qui paiera, avec quelles ressources, selon quel calendrier et avec quelles garanties d’exécution.
C’est là qu’Assalé Tiémoko doit accepter le même exercice de transparence qu’il réclame volontiers dans le débat public. On ne peut pas bâtir une réputation sur l’exigence de comptes et considérer ensuite que l’unanimité d’un Conseil municipal suffit à transformer une programmation en démonstration de bonne gestion. Un vote politique n’efface ni les contraintes budgétaires ni les règles élémentaires de l’économie.
À force d’annoncer simultanément logements à bas prix, gratuité du transport, écoles et grandes infrastructures, la municipalité ne risque-t-elle pas d’installer une logique où chaque nouvelle annonce doit être plus spectaculaire que la précédente ? Le danger commence lorsque la communication devient le moteur de l’action publique au lieu d’en être le compte rendu. Une mairie ne doit pas chercher seulement à gagner la bataille de l’opinion. Elle doit gagner celle de l’exécution.
Assalé Tiémoko a donc désormais la responsabilité de démontrer que Tiassalé n’est pas administrée à coups de chiffres séduisants et de promesses généreuses, mais selon une stratégie financière rigoureuse. Publier les études, les coûts unitaires, les plans de financement, les conventions et les calendriers permettrait de lever les interrogations sur une éventuelle gestion approximative que peut faire naître une communication ambitieuse mais encore incomplète sur plusieurs paramètres essentiels.
Si Tiassalé réussit réellement à proposer durablement des trois pièces à 50 000 FCFA tout en finançant écoles, transport gratuit et infrastructures commerciales, Assalé Tiémoko aura réussi une expérience municipale remarquable dont d’autres communes pourraient s’inspirer. Mais si les financements ne suivent pas, ces mêmes annonces deviendront demain le symbole d’une politique ayant promis davantage qu’elle ne pouvait délivrer.
Un maire qui demande des comptes à la République doit accepter que sa propre mairie passe, elle aussi, au scanner. Alors, Monsieur le Maire, ouvrons les comptes. Combien de logements pour 400 millions ? Combien coûte chaque logement ? Comment 20 millions permettront-ils de servir 156 000 bénéficiaires du transport ? Combien coûteront réellement les neuf écoles ? Comment seront financés les 400 millions du centre commercial ? Quelle part des investissements est déjà sécurisée et quelle part reste à rechercher ?
Les habitants de Tiassalé n’ont pas seulement besoin de promesses séduisantes. Ils ont droit aux équations qui les rendent possibles. Car une mairie ne se juge ni au nombre de communiqués publiés ni au nombre d’annonces applaudies. Elle se juge à une règle beaucoup plus implacable, ce qui a été promis, ce qui a réellement été financé et ce qui, finalement, a été livré aux populations.
Source : Lemeridien