Côte d’Ivoire : une étude révèle des réserves des journalistes sur l’impartialité de l’ANP





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Si 90 % des journalistes interrogés reconnaissent le caractère essentiel de l’Autorité nationale de la presse (ANP), seuls 55 % jugent ses décisions justes et cohérentes. C’est l’un des principaux enseignements d’un mémoire de master présenté le 12 octobre 2026 à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

L’Autorité nationale de la presse (ANP) est reconnue par les journalistes professionnels comme un acteur essentiel de la régulation du secteur en Côte d’Ivoire. Toutefois, des réserves persistent quant à son impartialité, à l’équité de ses décisions et à sa communication avec les rédactions. Ces constats ressortent d’une étude présentée lundi 12 octobre 2026 par le journaliste Yao Moïse Katumbi, à l’occasion de la soutenance de son mémoire de master en sciences de l’information et de la communication, spécialité journalisme.

Intitulé « De la perception du rôle de l’Autorité nationale de la presse dans la régulation de la presse en Côte d’Ivoire par les journalistes professionnels », ce travail de recherche a obtenu la note de 16/20, avec la mention « Très bien ».

Une régulation jugée nécessaire par les professionnels

Les résultats de l’étude témoignent d’une reconnaissance importante du rôle de l’organe de régulation. Sur les 80 journalistes professionnels interrogés, 90 % considèrent le rôle de l’ANP comme essentiel. De même, 87,5 % estiment que l’institution contribue à améliorer la qualité du travail journalistique.

Par ailleurs, 88,8 % des répondants jugent ses sanctions nécessaires au respect des règles professionnelles et déontologiques.

Ces chiffres traduisent l’adhésion des journalistes interrogés au principe d’une régulation de la presse et à la nécessité de faire respecter les normes encadrant l’exercice du métier. Cependant, cette reconnaissance ne signifie pas une confiance totale dans les pratiques de l’institution.

L’impartialité et l’équité des décisions questionnées

L’un des principaux enseignements du mémoire concerne la perception de l’impartialité de l’ANP. Selon les résultats présentés, 47,5 % des journalistes interrogés se déclarent d’accord avec l’impartialité de l’autorité, contre 22,5 % qui expriment leur désaccord. Les 30 % restants adoptent une position intermédiaire.

La perception des décisions de l’institution suscite également des interrogations. Seuls 55 % des répondants les considèrent comme justes et cohérentes.

L’étude relève, en outre, une différence de perception selon l’expérience des médias avec le régulateur. Le désaccord concernant l’impartialité de l’ANP atteint 31,8 % chez les journalistes dont le média a déjà été interpellé par l’institution, contre 15,4 % chez ceux dont le média n’a pas connu cette situation.

Cette différence met en évidence une association entre l’expérience d’une interpellation et une perception plus critique de l’autorité. Elle ne permet cependant pas d’affirmer que l’interpellation entraîne nécessairement une défiance envers l’institution, ni de conclure à l’existence d’un traitement inéquitable des médias.

Une demande accrue de transparence et de dialogue

Au-delà de l’évaluation du rôle de l’ANP, le mémoire met en lumière les attentes des professionnels des médias en matière de communication, de formation et d’accompagnement.

Parmi les 78 répondants ayant exprimé leurs attentes sur cette question, 94,9 % souhaitent une meilleure communication autour des décisions de l’institution. Quelque 91 % préconisent davantage de formations et un renforcement de son indépendance institutionnelle et financière.

La proximité entre le régulateur et les rédactions apparaît également comme une préoccupation majeure : 89,7 % des répondants souhaitent que l’ANP renforce ses relations avec les professionnels du secteur.

Au regard de ces résultats, le mémoire recommande notamment d’intensifier le dialogue entre l’institution et les journalistes, de renforcer la transparence dans le processus décisionnel et de mieux expliciter les motifs des sanctions prononcées.

Il préconise également de garantir à l’autorité des ressources suffisantes pour accomplir ses missions et de développer des formations continues adaptées aux évolutions du paysage médiatique.

Une étude fondée sur 80 questionnaires et 20 entretiens

Pour parvenir à ces résultats, Yao Moïse Katumbi a conduit sa recherche à Abidjan entre décembre 2025 et juin 2026. Sa démarche associe des méthodes quantitatives et qualitatives.

L’étude repose notamment sur un questionnaire administré à 80 journalistes professionnels, 20 entretiens semi-directifs et une analyse documentaire.

L’auteur souligne néanmoins les limites de son travail. Celui-ci porte sur les perceptions des journalistes interrogés et ne mesure pas directement le degré d’indépendance effective de l’ANP. Il ne permet pas non plus de démontrer l’existence d’un traitement différencié entre les médias.

Les résultats doivent ainsi être compris comme un état des perceptions recueillies auprès des professionnels concernés, et non comme une évaluation exhaustive du fonctionnement de l’institution.

Des acteurs du secteur présents à la soutenance

La soutenance s’est déroulée à l’Unité de formation et de recherche Information, communication et arts (UFRICA) de l’Université Félix Houphouët-Boigny. Le jury était présidé par la Dr Djah née Koffi Okon Marguerite, maître de conférences. Il était composé du Dr Atta Koffi, maître-assistant, et du directeur du mémoire, le Dr Bamba Sidiki, maître de conférences.

Plusieurs personnalités du paysage médiatique ivoirien ont assisté à la présentation, parmi lesquelles le président de l’ANP, Bakary Sanogo, et son ancien président, Samba Koné.

Étaient également présents Fernand Dedeh, vice-président de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (OLPED), Jean-Claude Coulibaly, ancien président de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), Lassina Sermé, ancien président du Réseau des professionnels de la presse en ligne de Côte d’Ivoire (REPPRELCI), ainsi que Bob Traoré, président de cette organisation.

Au terme de cette recherche, un constat se dégage : les journalistes interrogés ne remettent pas globalement en cause la nécessité de réguler la presse, mais expriment des attentes concernant les modalités de cette régulation. La transparence des décisions, leur application équitable et le renforcement du dialogue entre le régulateur et les rédactions apparaissent ainsi comme des enjeux importants pour consolider la confiance entre l’ANP et les professionnels des médias.

GZ

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