Les résidus de l’exploitation du palmier à huile deviennent une nouvelle source de production électrique en Côte d’Ivoire. À Ayébo, dans la région du Sud-Comoé, la centrale Biovéa, d’une capacité de 46 MW, a été inaugurée le jeudi 5 novembre 2026. Cette installation industrielle mise sur la valorisation des déchets agricoles pour produire de l’énergie renouvelable.
D’un coût global de plus de 150 milliards de FCFA, Biovéa est le fruit d’un partenariat public-privé associant l’État ivoirien à plusieurs acteurs, notamment EDF, Meridiam et le groupe SIFCA. Le projet, porté depuis 2007 par David Billon, président du conseil d’administration de Biokala SA, dispose d’une capacité de production annuelle estimée à 348 GWh. Selon ses promoteurs, il s’agit de la plus grande centrale de ce type en Afrique de l’Ouest.
Son fonctionnement repose sur la transformation de plus de 500 000 tonnes de résidus agricoles par an, principalement issus de l’exploitation du palmier à huile. Cette technologie permet ainsi de convertir des matières végétales en électricité, avec une capacité annoncée pour alimenter environ 1,7 million de personnes.
Au-delà de la production électrique, Biovéa ouvre des perspectives économiques pour les communautés agricoles du Sud-Comoé. Quelque 12 000 planteurs locaux sont concernés par ce dispositif qui crée une nouvelle demande pour les résidus issus de leurs activités.
Xavier de Charentenay, directeur général de Biovéa Énergie, a souligné l’importance de cette collaboration entre les secteurs agricole et énergétique. Il a également mis en avant les actions de formation et de transfert de compétences engagées au profit des jeunes Ivoiriens.
Outre, ce projet devrait générer environ 200 emplois directs permanents durant son exploitation. Sa phase de construction, entamée en 2023 a déjà mobilisé plus de 750 personnes, principalement issues des communautés environnantes. À ces perspectives s’ajoutent plus de 1 000 emplois indirects annoncés.
Pour David Billon, la mise en service de cette installation concrétise une ambition : faire des déchets agricoles une ressource énergétique capable de produire de l’électricité en continu. Une approche qui repose sur les principes de l’économie circulaire.
Présent à la cérémonie, le président du Conseil régional du Sud-Comoé, Eugène Aka Aouélé, a salué les perspectives offertes par cette infrastructure à son territoire. Il a notamment insisté sur les opportunités susceptibles de bénéficier aux entreprises locales et aux acteurs de la sous-traitance. Il a, par ailleurs, réaffirmé la volonté du Conseil régional d’accompagner la formation professionnelle des jeunes afin de faciliter leur accès aux emplois générés par le projet.
Sur le plan énergétique, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a présenté la centrale biomasse a comme une réponse à la progression de la demande nationale en électricité. « Avec une capacité installée de 46 MW, elle est la plus importante centrale d'Afrique de l'Ouest fonctionnant exclusivement à partir de résidus agricoles.
Elle permettra d'injecter annuellement près de 336 GWhd'électricité dans le réseau national. Cette production contribuera de manière significative à la sécurisation de l’approvisionnement électrique de notre pays, tout en renforçant la diversification de nos sources de production d’énergie », a-t-il déclaré. Pour lui, la valorisation des ressources agricoles locales constitue un levier supplémentaire pour renforcer les capacités de production et diversifier le mix énergétique.« En valorisant près de 450 000 tonnes de résidus issus de l'exploitation du palmier à huile, fournis notamment par PALMCI et les producteurs locaux, BIOVEA donne une nouvelle dimension à la relation entre les secteurs de l'agriculture et celui de l'énergie», a indiqué le ministre Sangafowa-Coulibaly.
Dans cette dynamique, il a annoncé deux autres projets de centrales biomasse. Le premier, prévu à Divo, dans le Centre-Ouest, sera alimenté par des résidus de cacao. Le second, envisagé à Boundiali, dans le Nord, utilisera des résidus de coton. Le ministre a également appelé les responsables de Biovéa à garantir la disponibilité et la fiabilité des installations sur le long terme.
Procédant à l’inauguration officielle au nom du Premier ministre Robert Beugré Mambé, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Nialé Kaba, a inscrit cette réalisation dans la stratégie nationale d’accès à l’énergie. Elle a rappelé que le taux de couverture électrique du pays est passé de 33 % en 2011 à plus de 99 % aujourd’hui.
Sur le volet environnemental, les promoteurs annoncent une réduction des émissions estimée à 4,5 millions de tonnes de CO₂ sur les 25 années d’exploitation de la centrale. Les cendres issues de la combustion pourront également être réutilisées comme fertilisant dans les plantations.
La ministre d’État a toutefois insisté sur les conditions nécessaires à la réussite du projet, notamment la sécurisation de l’approvisionnement en biomasse, la juste rémunération des planteurs et le développement des compétences locales.
Autant d’enjeux qui devront accompagner l’exploitation de cette nouvelle infrastructure, appelée à rapprocher davantage les secteurs agricole et énergétique en Côte d’Ivoire.
Elysa Achi