Avant le début du nettoyage, le promenade était un véritable dépotoir
La visite inopinée du ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Ibrahima Cissé Bacongo, en décembre 2025, sur le site de la Promenade de Port-Bouët, a remis sous les projecteurs un projet longtemps tombé dans l’oubli. Constatant l’état de dégradation avancée de l’infrastructure, le premier responsable du District a annoncé la réhabilitation prochaine du front de mer, avec des instructions fermes pour le nettoyage et la remise en état du site. Une annonce accueillie avec prudence par des populations échaudées par des années d’abandon.
Un constat alarmant sur le terrain
Lors de cette descente sur le terrain, le ministre-gouverneur a découvert un site méconnaissable : installations dégradées, espaces envahis par les herbes, éclairage défaillant et accumulation d’ordures. Loin de l’image de vitrine balnéaire promise à l’origine, la promenade est devenue, par endroits, un espace insalubre et peu fréquenté. Nous avons d’ailleurs pu le constater lors de notre passage, mardi 13 décembre 2026. Sur place, des ouvriers sont à la manœuvre pour débarrasser le site des ordures et autres herbes.
Face à cette situation, des instructions ont été données pour engager rapidement des travaux de réhabilitation, avec l’ambition affichée de redonner vie à ce front de mer stratégique de la commune de Port-Bouët.
Le ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, Cissé Ibrahima Bacongo, a même effectué à nouveau, le vendredi 16 janvier 2026, une visite de terrain sur le site des travaux.
Cette visite de contrôle s’inscrivait dans le cadre du suivi régulier des grands projets d’infrastructures engagés par le district autonome d’Abidjan, en particulier ceux destinés à améliorer le cadre de vie, le bien-être des populations et l’environnement urbain de la capitale économique.
Sur place, le ministre-gouverneur s’est fait présenter l’état d’avancement des travaux et s’est assuré du respect des orientations formulées lors de sa précédente descente sur le site. Longue de 6,5 kilomètres, la Promenade de Port-Bouët est présentée comme un projet structurant, visant la valorisation du littoral abidjanais et le renforcement de l’attractivité urbaine de cette zone côtière.
Au cours de l’inspection, Cissé Ibrahima Bacongo a échangé avec les responsables techniques afin d’identifier les éventuelles contraintes et d’apprécier le rythme d’exécution des travaux. Il a insisté sur la nécessité de maintenir la qualité des ouvrages et de respecter les délais arrêtés. Comme quoi, le projet lui tient à cœur.
Un projet lancé à grands frais
La Promenade de Port-Bouët avait pourtant été pensée comme l’un des projets structurants de valorisation du littoral abidjanais. À son lancement, en 2017, les autorités ambitionnaient de créer un espace moderne de loisirs, inspiré de grandes promenades côtières internationales, comprenant des voies piétonnes et cyclables, du mobilier urbain, des aires de détente et de l’éclairage public.
Le coût initial du projet est estimé à environ 6,7 milliards de Francs CFA, mobilisés pour la première phase des travaux. Un investissement conséquent, censé transformer durablement le visage du front de mer de Port-Bouët.
Malgré ces ambitions, le projet n’a jamais atteint son plein potentiel. Achevée partiellement, la promenade a souffert de l’absence de suivi, d’entretien régulier et de dispositif clair de gestion. Progressivement, l’infrastructure a été laissée à elle-même, ouvrant la voie à la dégradation, au vandalisme, à l’insécurité et à l’occupation anarchique de certains espaces. Les voies piétonnes sont devenues des terrains de Maracana alors des aires de jeux étaient prévues dans le projet initial. La nuit tombée, les délinquants et autres dealers se partagent la promenade.
Pour de nombreux habitants, l’abandon du site est la conséquence directe d’un lancement sans vision durable.
« Le projet a été présenté en grande pompe, puis plus rien. Sans entretien, tout s’est détérioré », confie un riverain.
Des questions sur la gestion des milliards engagés
L’état actuel de la promenade relance le débat sur la gestion des projets publics à fort coût. Comment un investissement de plusieurs milliards de Francs CFA a-t-il pu se retrouver dans un tel état en si peu de temps ? Quelles responsabilités dans l’arrêt des travaux et l’absence de maintenance ?
Le manque de communication sur le suivi du projet et l’utilisation des fonds entretient un sentiment de mauvaise gouvernance, largement partagé par les populations locales.
Une réhabilitation annoncée, mais peu de certitudes
Si l’annonce de la réhabilitation par le District autonome d’Abidjan est saluée comme une initiative nécessaire, elle est loin de dissiper les doutes. Sur le terrain, le scepticisme domine.
« Ce n’est pas la première fois qu’on annonce des travaux ici. On attend de voir si cette fois-ci, ça va durer », glisse un habitant.
La principale inquiétude porte sur l’après-réhabilitation : quels mécanismes pour l’entretien et la gestion du site ? Sans réponses claires, la crainte d’un nouvel abandon persiste.
La Promenade de Port-Bouët apparaît aujourd’hui comme un test grandeur nature pour les autorités du district. Plus qu’une simple remise en état, la réhabilitation annoncée devra s’inscrire dans une logique de durabilité et de gestion continue, afin d’éviter que ce projet réalisé à hauteur de 6,7 milliards de Francs CFA ne replonge, une fois encore, dans l’oubli.
Pour les populations, les annonces ne suffisent plus. Seuls des actes concrets et durables permettront de tourner la page d’un projet devenu, au fil des ans, le symbole d’ambitions urbaines mal suivies.
Modeste KONÉ