Le Général Da Pierre Alphonse, Directeur général des Douanes ivoiriennes, dont la reconduction à la tête de l’institution s’inscrit dans une logique de continuité administrative et de stabilité de l’action publique
La reconduction du Général Da Pierre Alphonse à la tête de la Direction générale des Douanes ivoiriennes suscite depuis plusieurs semaines une agitation inhabituelle. Débats médiatiques, prises de position syndicales, commentaires parfois virulents sur les réseaux sociaux : le sujet a pris une ampleur qui tranche avec la pratique administrative courante en Côte d’Ivoire. Une situation d’autant plus surprenante que des décisions similaires, intervenues dans d’autres secteurs stratégiques de l’État, n’ont provoqué ni émoi ni contestation comparable.
Derrière cette effervescence se dessine moins un débat de principe sur la gouvernance publique qu’une polémique ciblée, dont les ressorts semblent davantage relever de frustrations internes et d’intérêts contrariés que d’une remise en cause fondée de la légalité ou de la pertinence de la décision présidentielle.
Une décision relevant des prérogatives constitutionnelles
Sur le plan institutionnel, le cadre est pourtant clair. La Constitution ivoirienne confère au Président de la République la prérogative de nomination aux emplois civils et militaires supérieurs. Ces décisions, prises en Conseil des ministres, reposent sur des critères bien établis : compétence, expérience, loyauté républicaine et capacité à garantir la continuité et l’efficacité de l’action publique.
La reconduction d’un haut responsable ne relève ni d’un vote corporatiste ni d’une consultation populaire. Elle s’inscrit dans une logique de gouvernance où la stabilité administrative demeure un facteur clé de performance, en particulier dans des secteurs aussi sensibles que les régies financières.
Continuité de l’État : une règle admise ailleurs, contestée à la Douane.
Le contraste est frappant. Dans les forces de défense et de sécurité, le maintien de la chaîne de commandement s’est opéré sans consultation préalable des troupes, sans fronde et sans polémique publique. Cette acceptation tacite traduit une compréhension partagée des règles républicaines et du principe de continuité de l’État.
Pourquoi, dès lors, ce qui est admis dans l’armée ou à la tête de la Direction générale des Impôts deviendrait-il soudainement problématique lorsqu’il s’agit des Douanes ? La question mérite d’être posée, tant la singularité de la contestation interroge.
Le profil du Général Da Pierre Alphonse : expérience, résultats et stabilité
Officier général, paramilitaire de formation, le Général Da Pierre Alphonse n’est pas un novice parachuté à la tête d’une administration stratégique. Son parcours, marqué par une connaissance fine des enjeux sécuritaires et financiers, a contribué à renforcer la crédibilité et la performance de la Douane ivoirienne.
Sous son leadership, l’institution a évolué dans un environnement complexe, entre exigences accrues de mobilisation des recettes, lutte contre la fraude, modernisation des procédures et coopération régionale. La stabilité managériale observée à la Direction générale des Douanes a permis de consolider des réformes engagées sur le moyen et le long terme, là où des changements brusques auraient pu fragiliser des équilibres déjà sensibles.
Des accusations peu étayées
Les arguments avancés par certains détracteurs peinent à résister à l’analyse factuelle. L’âge, brandi comme critère disqualifiant, n’est ni un obstacle juridique ni un facteur déterminant dès lors que les capacités physiques et intellectuelles sont avérées. La fatigue supposée relève davantage de la spéculation que d’un constat objectif, surtout lorsqu’on la compare aux charges supportées par d’autres hauts responsables de l’État.
Quant aux accusations relatives à des initiatives personnelles, notamment en matière de recrutement, elles méconnaissent le fonctionnement de l’administration publique. Les recrutements dans les régies financières obéissent à des procédures strictes, encadrées par des textes et soumises à des validations multiples. Aucun Directeur général ne peut, à lui seul, s’affranchir de ce cadre réglementaire.
Une défense institutionnelle, non personnelle
Contrairement à certaines insinuations, la reconduction du Général Da Pierre ne procède pas d’une démarche individuelle ou d’une pression exercée sur le Chef de l’État. Elle s’inscrit dans une décision institutionnelle assumée, prise au sommet de l’exécutif. Le Président Alassane Ouattara, fort de son expérience et de son autorité, n’est pas homme à céder à des injonctions émotionnelles ou corporatistes dans la conduite des affaires de l’État.
Pour une administration apaisée et efficace
Au-delà des polémiques, l’enjeu est clair : la Côte d’Ivoire a besoin d’institutions stables, performantes et tournées vers leurs missions essentielles. Les régies financières, piliers de la mobilisation des ressources publiques, ne peuvent être durablement fragilisées par des querelles internes ou des campagnes de déstabilisation.
La reconduction du Général Da Pierre Alphonse apparaît ainsi comme un choix de continuité et de confiance, fondé sur des considérations objectives. En le ciblant de manière exclusive, alors que des situations comparables existent ailleurs sans susciter de controverse, certains acteurs semblent s’éloigner du débat d’intérêt général.
Dans un État républicain, la critique est légitime. Encore faut-il qu’elle repose sur des faits, et non sur des ressentiments. L’administration ivoirienne se construit dans la durée, la cohérence et la responsabilité. C’est à cette aune que doivent être jugées les décisions publiques.
Erick Bayala